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Place aux piétons en temps de confinement! Et après ?
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Place aux piétons en temps de confinement! Et après ?

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En cette période si particulière que nous traversons, le confinement de millions de Belges obligés de rester à la maison engendre des nouveaux comportements de mobilité. D’une part, les bars, restaurants, centres sportifs et magasins fermés font évoluer nos habitudes de loisir. L’une des seules activités restant possible étant la pratique d’une activité physique, nombre d’entre-nous sortons quotidiennement de notre domicile pour marcher un peu. D’autre part, l’arrêt temporaire de certaines activités professionnelles et l’encouragement du télétravail restreint les déplacements utilitaires. Les rues sont moins occupées par les voitures de passage. Une aubaine pour les usagers actifs de se réapproprier, même momentanément, l’espace public habituellement dédié aux véhicules. Et de permettre les adaptations nécessaires afin de respecter les mesures de distanciation sociale lors des déplacements.

Source : https://twitter.com/M_Chassignet/status/1252502680217493504/photo/1

 

Nous vous offrons ici un petit tour de villes belges et d’autres du monde, sans bouger de votre canapé. Qui sont-elles ? Et qu’ont-elles mis en oeuvre ?

En Wallonie, Liège envisage de rendre aux piétons les quais d’Outremeuse

Un mouvement écocitoyen propose de donner plus de place aux piétons sur les quais d’Outremeuse. Nombreux sont les habitants du centre-ville et du quartier d’Outremeuse à sortir de chez eux pour marcher ou pratiquer une activité sportive sous le soleil, après être resté confiné toute la journée dans leurs petits logements. Le problème est que ces quartiers disposent de peu d’espaces verts et que le Ravel à proximité se retrouve vite saturé.

La proposition est donc d’élargir temporairement le Ravel de la rive droite de la Meuse en piétonnisant les rues qui le longent. Une solution pour faciliter le respect des mesures de distanciation sociale tout en permettant aux riverains de s’aérer un peu en ces beaux jours de printemps.

Quais Outremeuse Liège – Googlemaps

Entre initiatives communales et régionales en Région Bruxelloise

Diverses initiatives communales et/ou citoyennes surgissent à Bruxelles pour permettre ou demander à ce que les piétons puissent se déplacer avec moins de difficultés et dans le respect des mesures de sécurité sanitaire. 

À Ixelles, la commune a décidé de fermer aux automobilistes non riverains l’avenue du Général de Gaulle sur un tronçon qui va de la place Flagey au square du Souvenir. 

Etangs Flagey – Wikipedia – CarlaMuyle

 

À Saint-Josse, commune la plus densément peuplée de Belgique, des riverains rassemblés dans le collectif citoyen 1210/0 ont proposé la fermeture de quelques rues de la commune à la circulation des véhicules. De nombreux parcs sont fermés et il n’y a dès que de maigres opportunités pour les habitants de profiter de l’extérieur. Le bourgmestre n’est cependant pas en faveur de cette proposition.

À Woluwe-Saint-Lambert et Auderghem, les communes ont décidé que les voitures ne seront plus autorisées à circuler dans le parc de la Woluwe à partir de ce mardi 21 avril en accord avec Bruxelles Environnement. Et cela suite à des demandes de riverains désireux de respecter les mesures de distanciation sociale.

Autre initiative, régionale celle-là, Bruxelles Mobilité l’organisme régional chargé de la mobilité a décidé de reprogrammer les feux de circulation en faveur des piétons et cyclistes après avoir constaté une diminution nette du trafic automobile. Pour des questions de sécurité routière, certains feux adoptent un cycle plus court pour diminuer le temps d’attente des piétons, tandis que d’autres “passeront automatiquement au vert pour les piétons et cyclistes sur certains carrefours où il fallait habituellement appuyer sur un bouton-poussoir”. 

La Région Bruxelles-Capitale a également proposé à ses communes de les aider dans la modification de l’organisation des rues. Elle fournit  des panneaux, chicanes, pots de fleurs et blocs de béton aux communes qui le demandent. À Anderlecht, la commune s’est lancée dans le projet et a décidé de placer certaines rues du quartier de Cureghem en zone de rencontre. Il s’agit d’offrir plus de place aux piétons tout en autorisant l’accès aux voitures qui doivent céder la priorité aux usagers actifs et respecter la limitation de vitesse de 20 km/h. Les enfants peuvent y jouer et les gens se promener comme bon leur semble. (Pour en savoir plus sur les zones de rencontre, c’est ici). À Schaerbeek suite à l’appel à projets lancé par le gouvernement bruxellois, un parcours sécurisé pour les joggueurs autour du parc Josaphat sera aménagé d’ici la fin de la semaine. Sont concernées les artères suivantes : Lambermont, Louis Bertrand, Thibaud, Chazal, Azalées, etc.

Zone de rencontre – Tous à Pied

 

Dans le même principe, la ville de Bruxelles a décrété que l’ensemble du pentagone sera désormais placé et aménagé en zone de rencontre pendant le déconfinement qui va sans aucun doute générer plus de déplacements piétons en centre-ville. Cette mesure doit “permettre de faciliter le respect de la distanciation sociale et ce en particulier dans les zones hyperdenses, où les trottoirs sont très étroits. C’est aussi une façon d’apaiser la circulation dans le centre-ville” explique le Bourgmestre de Bruxelles.

Un mouvement qui touche le monde entier

La pandémie du COVID-19 n’épargnant aucun lieu. Du coup, c’est dans le monde entier que l’on peut recenser ce genre d’actions. 

À Paris, le premier adjoint au maire envisage de transformer certaines grandes artères urbaines en pistes cyclo-piétonnes pour éviter une masse trop importante de gens dans les transports en commun pendant la période de déconfinement progressif. Le but est également d’encourager la pratique des modes actifs.

Traffic à Paris le long du canal – Jeanne Menjoulet

 

À Londres également, Transport for London envisage d’élargir certaines routes principales dont il est le gestionnaire pour faire plus de place aux cyclistes et piétons, après avoir constaté une diminution du trafic automobile.

Au Québec, la ville de Montréal est forcée de constater que les parcs sont pris d’assaut par les habitants après de longues journées de confinement. Elle a donc lancé l’idée d’ouvrir certaines rues de la ville aux piétons uniquement, mais en invitant tout le monde à respecter la distanciation sociale, sous peine de revenir en arrière.

À Vienne, la Vice-Maire a annoncé l’ouverture dès le 14 avril la création des 9 premières zones de rencontre dans lesquelles les piétons et les cyclistes ont la priorité sur les voitures limitées à 20km/h, donnant plus d’espace que les trottoirs étroits.

Zone de rencontre – Tous à Pied

 

Aux États-Unis, plusieurs villes comme Boston, Oakland (plus de 120 km) ou Minneapolis ont réservé certaines rues aux usagers actifs le temps du confinement. Cela représente “environ 30 à 40% des espaces disponibles des villes” selon l’ancien chargé du trafic à New-York.

Citons encore, Berlin, Mexico City et Bogota qui créent du jour au lendemain des centaines de kilomètres de pistes cyclables temporaires sur des voiries automobiles. New York observant une augmentation de 67% de cyclistes a carrément fermé certains boulevards aux voitures. Barcelone opte aussi pour la fermeture de portions de rue. La Nouvelle-Zélande débloque plus de 100 millions de dollars pour accélérer les aménagements temporaires dans le centre-ville d’Auckland.

Et alors, ça vous inspire ?

Une multitude de projets améliorant la qualité de vie des gens et favorisant le respect de la distanciation sociale sont possibles pendant le confinement et/ou le déconfinement. Ces aménagement temporaires réalisés avec du mobilier léger portent le nom d’urbanisme tactique, méthode originaire des Etats-Unis et visant à l’origine à alerter l’opinion publique sur l’emprise de la voiture sur l’espace public, en transformant par exemple une place de parking en espace piéton à l’aide d’un coup de peinture, d’un pot de fleurs ou de quelques chaises.

Pour faciliter les déplacements quotidiens à pied, il est envisageable d’agrandir l’espace que l’on accorde normalement aux piétons et cyclistes comme à Liège ou Londres, par exemple en supprimant des bandes de stationnement ou de circulation pour élargir les trottoirs. L’aménagement peut consister simplement par un marquage au sol et/ou l’installation de plots ou bornes en béton si nécessaire.

Pour aller plus loin, il est possible de mettre certaines rues d’un quartier en zone de rencontre, là où c’est opportun et réalisable. Cela nécessite la pose d’un panneau réglementaire en début de zone (F12a) et fin de zone (F12b), mais aussi la réalisation de quelques aménagements temporaires pour limiter physiquement la vitesse de circulation (chicanes, plots, pots de fleurs), et pourquoi pas l’installation de jeux pour les enfants et des bancs pour se reposer (dans le respect des mesures sanitaires bien évidemment). L’article 22 bis du Code de la route précise les règles de circulation dans ce type d’espace.

Moins consensuelles mais tout à fait pertinentes pour des voies de desserte locale sans trafic de transit ou en cul-de-sac par exemple, les piétonnisations temporaires sont une bonne solution pour encourager la pratique des modes actifs dans le respect de la distanciation sociale. Concrètement, il s’agit de bloquer les rues en question par du mobilier urbain déplaçable ou a minima par des barrières nadars.

Bruxelles sans voiture – piétonnisation temporaire – Source BX1.be

 

Dans certaines grandes villes, une reprogrammation des feux de circulation en faveur des piétons s’avère pertinente suite à la diminution du trafic automobile.

Enfin, en cas de reprise des cours dans les établissements scolaires, des rues scolaires peuvent être prévues ainsi que la mise en place de pédibus.

Rue scolaire
Rue scolaire

Et après ?

Toutes ces actions temporaires qui accordent plus de place pour les usagers actifs sont particulièrement les bienvenues dans ce contexte où l’on demande aux citoyens de respecter la distanciation sociale. Cela nous permet aussi de prendre conscience de notre dépendance à l’automobile représentée par la surface d’espace public lui étant normalement attribuée. Dès lors, il s’agit certainement d’une occasion idéale pour repenser notre manière de se déplacer au quotidien et entamer une réflexion sur la réappropriation des espaces publics par les piétons et autres modes actifs. Et si ces actions circonscrites dans le temps devenaient pérennes ? 

Pour aller plus loin

Sur les aspects techniques : Quels aménagements pour les piétons lors de la phase de déconfinement ?

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