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Nos enfants ont-ils perdu le droit de jouer et de se déplacer librement ?
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Nos enfants ont-ils perdu le droit de jouer et de se déplacer librement ?

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Notre métro-boulot-dodo 

d’adulte peut se résumer à voiture-école-maison (avec un éventuel passage par la plaine de jeux clôturée) pour la plupart de nos enfants. 

En 100 ans,

la distance parcourue par un enfant seul a fondu comme le Groenland sous le regard des ours polaires. De 10 km pour un enfant de 8 ans en 1919 à moins de 300 mètres pour un enfant du même âge en 2007. Dans la même veine, le nombre d’enfants qui jouent dans l’espace public a diminué de 50% entre 1983 et 2008. Une étude menée en 2019 chez nos voisins Hollandais montre même que 15% des enfants ne jouent jamais dehors. 

Les raisons

principales à ces diminutions ? L’augmentation du trafic et la peur des parents liée au risque d’accident, la crainte des mauvaises rencontres et enlèvements ainsi que la diminution de la vie de quartier et par conséquent, de la surveillance collective et du contrôle social. 

Les villes et villages ne sont souvent plus que des lieux de passage réservés aux conducteurs adultes et les enfants sont principalement cantonnés à des espaces fermés, clôturés, même quand ils se trouvent à l’air libre.  

Bien que fondées, ces restrictions de liberté de déplacement et élans de surprotection ne sont pas sans conséquences sur le développement de l’autonomie et des capacités physiques et mentales des enfants. « On constate par exemple, qu’ils sont moins endurants qu’il y a 30 ans : leurs capacités physiques ont régressé de 2% par décennie »¹. Par ailleurs, le fait d’appréhender le risque fait partie du jeu et de l’apprentissage et les en priver empêche de développer des réactions adéquates, augmente les probabilités de souffrir d’anxiété, de dépression et de phobies.  Les milléniaux (génération Y née entre les années 80 et 90), sur couvés, seraient trois fois plus à risque de souffrir d’anxiété, de dépression et de phobies que leurs aînés du baby-boom, indique Dre Maria Brussoni, professeure en pédiatrie à l’École de santé publique de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC). Il va sans dire qu’on a peu d’espoir d’amélioration pour les générations qui les ont suivies du coup. Pourtant, éraflures, petites défaites et grandes victoires devant l’adversité forment un terreau fertile pour forger l’estime de soi, le sens de l’altruisme et de l’acuité face au danger souligne Dre Brussoni.”² 

Mais alors,

quelles sont les solutions ? Allons-y par étapes.  

Une première étape est de permettre aux plus jeunes de profiter en toute autonomie d’un espace à explorer. Parmi les pistes évoquées, réinventer la ville et notamment les aires de jeux pour enfants en laissant place à leur imagination. Plutôt que de proposer des dispositifs “prêts à jouer, installer des modules plus abstraits qui ne se prêtent pas à un usage unique et une fonction bien définie. Intégrer les éléments et reliefs naturels mais également laisser des espaces vides pour permettre la discussion, la rêverie et le repos. Mais surtout, arrêter de faire des plaines ultra sécurisées car comme mentionné plus haut, risque et apprentissage vont de pair. 

Cependant, le jeu doit pouvoir se faire partout, dans les rues, les places publiques, dans les villes en général. 

Du coup,

comment sortir de ces espaces clos et permettre aux enfants de réinvestir la ville ?   

La seconde étape est de laisser à nouveau nos enfants sortir et de se déplacer seuls. 

En Suisse, le droit à l’éducation s’accompagne par exemple de celui de cheminer en sécurité vers l’école. Résultat : 65 % des enfants suisses vont à l’école à pied, sans adultes. « Une partie de notre travail consiste à expliquer aux parents l’importance d’apprendre tôt à leurs enfants à se rendre à l’école à pied », soutient Jenny Leuba, chef de projet pour la Romandie de l’organisme Mobilité piétonne suisse. Dans ce pays réglé comme une horloge, on s’autorise bien plus de libertés. Seulement un enfant sur dix est conduit à l’école en voiture³ 

La diminution drastique du trafic automobile reste la solution la plus efficace mais elle n’est pas toujours facilement et immédiatement mise en œuvre. De même que la mise en place d’aménagements réservant toute la place aux usagers actifs, comme les piétonnisations ou les cheminements piétons en site propre sont aussi des solutions radicales et dans bien des endroits bénéfiques. La séparation systématique des usagers n’est cependant pas réalisable partout et n’est pas non plus toujours utile. Ici aussi, l’apprentissage doit être de mise et les enfants à pied doivent savoir comment cohabiter avec les autres usagers de la rue.  

D’autres initiatives 

existent par ailleurs, parmi celles-ci, la création de réseaux de jeu” ou “maillage jeux” dans certains quartiersDes espaces ouverts ludiques sont définis avec l’aide des enfants, rendus plus sécurisés et des incitants au jeu, tels que du mobilier urbain y sont érigés. Les rues scolaires commencent également à voir le jour. Le principe : des rues fermées au trafic automobile à certaines heures de la journée afin de permettre une circulation des écoliers en toute sécurité et favoriser le déplacement piéton. Même idée avec les “rues récréatives”, des rues qui peuvent être fermées à la demande des citoyens pendant une journée, un week-end, afin de laisser les enfants les investir et y jouer. La mise en place de Pédibus est aussi promotionnée : les enfants accompagnés d’un adulte font le trajet maison-école (et/ou inversement) à pied en groupe. Le Pédibus a, comme un bus, un itinéraire, différents points d’arrêt et un horaire déterminé. 

Toutes ces initiatives ont comme points positifs de donner aux enfants une plus grande liberté de mouvements, de leur faire tester des situations sans prendre trop de risque. Il est cependant primordial de garder en tête qu’il est aussi nécessaire de leur laisser développer leur autonomie. Ainsi, Mme Leuba à propos des Pédibus indique « Pour nous, les traverses avec brigadiers, c’est une demi-solution ! » « Ça sécurise les trajets aller-retour à l’école, mais sans développer l’autonomie des enfants. Permettre à un enfant de traverser une rue pour la première fois à 12 ans, ce n’est pas lui rendre service.»4

Enfin, le défi le plus important réside dans le changement de mentalité des parents et des autorités, sans culpabilité : donner de l’autonomie aux enfants ne relève pas de la négligence. La société n’a jamais été aussi sûre et pourtant la perception générale va dans le sens complètement opposé. Trouver un juste milieu entre négligence, prise d’autonomie et saine prise de risque afin que nos enfants puissent évoluer dans un milieu propice à leur épanouissement. 

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Sources:  

¹https://sante.lefigaro.fr/actualite/2013/11/21/21538-enfants-sont-moins-endurants-quil-y-trente-ans 
https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-planete/20141001.RUE6001/comment-on-a-interdit-aux-enfants-de-marcher.html?fbclid=IwAR3zs0S_Iw9o7fxF4mF_2N2VHvlbTb1drO66_Jhl-SsCkRsSk0Z-E2xLEQ4 
²/³/4,  https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/559020/le-jeu-libre-en-disparition-le-mal-des-nouvelles-generations?fbclid=IwAR13bR3V9O2sKSWqxfRQzCOGI21L31hd_NwTaqsZIpGIjKPhFjRMQ8ZPxoI 
https://www.rtbf.be/info/societe/detail_en-ville-les-enfants-ne-jouent-plus-dehors-comment-leur-rendre-la-rue?id=10424877&fbclid=IwAR0ZMQi03vI7xnUGvqys5YW3QNXM-R89koHKVC3v7iyYHU-gT3naUr1y4SM