Tous à pied

Vous connaissez les 12 travaux d’Hercule,

mais connaissez vous les 12 critères de Jan Gehl ? Avant d’illustrer ceux-ci, et leur intérêt dans le domaine de l’aménagement de l’espace public, commençons par présenter Jan Gehl, et la nature de ses travaux (huhuhu).  

Jan Gehl est un architecte danois

et professeur émérite en aménagement urbain à l’école d’Architecture de l’Académie royale danoise de Copenhague. Ses travaux ont débuté par une étude des comportements humains dans l’espace public, sur base d’observations quantitatives, facilement observables, telles que l’âge moyen des personnes fréquentant un certain lieu public, la fréquence à laquelle ces personnes se déplacent à travers l’espace public, les activités qu’elles y pratiquent, etc.  

La récolte et la mise en commun de ces données a permis d’effectuer certaines interprétations des résultats obtenus, des constats sur les relations entre les humains et l’espace public qu’ils traversent ou qu’ils occupent. Pour exemple, les piétons utiliseront le chemin le plus court, même si des obstacles sont présents sur leur passage ; ils opteront pour les lieux éclairés plutôt que sombres, etc. 

De la même manière, le taux de fréquentation d’un espace public, et son type de fréquentation, va permettre d’identifier les forces et les faiblesses de cet espace. Nous pouvons prendre comme exemple la dimension de l’espace public : est-elle en accord avec son taux de fréquentation ? L’exemple de la répartition des mobilités au sein de cet espace : les emplacements piétons/cyclistes/automobilistes sont-ils répartis selon le taux de fréquentation ? 

Tout ce travail a donc permis à Jan Gehl et son équipe de synthétiser leurs observations et interprétations en une grille de 12 critères, répartis en trois grandes catégories : protection ; confort ; plaisir. Ils constituent une base solide pour garantir la qualité des espaces publics, mais aussi pour prévoir des possibles aménagements qui régleraient certaines problématiques liées à ces espaces. Ces 12 critères sont présentés et décrits dans son livre “Pour des villes à échelle humaine”. 

Les 12 critères, voyons-les ensemble !

Mobilité piétonne suisse – Qualité du séjour dans l’espace public – Sept 2015

 

Nous tenterons ici de synthétiser ces 12 critères, en gardant bien entendu la répartition en trois grandes catégories telles qu’elles sont présentes dans cette grille. 

Dans un premier temps, la protection intervient sous trois angles différents : la protection contre les accidents, la protection contre les crimes et la violence, qui se réfèrent à une même thématique de « se sentir en sécurité », mais aussi la protection contre les expériences sensorielles désagréables, telles que la pluie, le vent, la chaleur, les odeurs, et bien d’autres…  

Il s’agit sans doute des critères les plus difficiles à satisfaire : d’une part, chacun se sentira protégé d’une manière personnelle : pour l’un, un simple trottoir sera suffisant, pour l’autre, une rambarde séparant la route du trottoir sera de mise. Les expériences sensorielles, quant à elles, se disputeront l’une l’autre. Protéger de la pluie, par une toiture par exemple, signifiera également ne pas profiter du soleil les jours où celui-ci pointe le bout du nez. Il s’agit d’un des équilibres sans doute les plus due plus compliqués à trouver. 

Dans un second temps, le confort intervient. Effectivement, une fois qu’on se sent en sécurité dans un lieu, l’envie de s’y sentir à l’aise fait son apparition. La grille de critères décrit une série d’opportunités qui permettront à l’utilisateur de se sentir à l’aise, confortable, dans l’espace public qu’il traverse ou qu’il occupe. Ainsi, nous reprendrons les opportunités de marcher, d’être debout, de s’asseoir, de regarder, de parler et d’écouter, de jouer et bouger. Ces différents éléments rendent déjà plus concrète la notion de confort, par l’interprétation de ces opportunités. S’asseoir par exemple, renvoie à la présence d’un certain aménagement qui le permettra, tel qu’un banc, une assise aménagée, etc. 

Enfin, le plaisir intervient alors, l’opportunité de profiter de l’espace dans lequel on se trouve, de profiter de ce qu’il offre et de ce qui l’entoure. La notion d’échelle intervient ici : la dimension de l’espace public est-elle à dimension humaine ? L’idée est de ne pas se sentir trop petit face à de très hauts bâtiments, ou l’inverse. Les opportunités d’apprécier l’espace arrivent ensuite, que ce soit au travers du climat par l’appréciation d’un rayon de soleil sur notre joue par exemple, ou au travers de nos sens : entendre le doux bruit de l’écoulement de l’eau sur des rochers, sentir le parfum des fleurs, etc. 

Un espace public utopique, ou presque ?

À vous de le découvrir ! Cette grille de critères pourrait en réalité être développée durant des heures, des milliers d’exemples pourraient lui être attribués. En revanche, pourquoi pas, de votre côté, par curiosité ou par amusement, regarder ces nouveaux aspects des espaces publics que vous traversez, dans lesquels vous vous arrêtez quelques instants ou plusieurs heures ?  

Vous pourrez sans doute ainsi mieux vous rendre compte de la raison de certains aménagements, du placement de certains arbres à tel ou tel endroit, de l’emplacement bien précis d’un banc… Sans oublier cependant que tous les espaces publics n’ont pas été réalisés sur base de ces critères-là. Parvenir à garantir les 12 critères dans un espace public représente sans doute l’objectif ultime, qui sera malheureusement rarement atteignable dans les faits, au vu des nombreuses contraintes que l’on rencontre lors de la réalisation de ce genre de projets. 

Sources :