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Olivier Bleys écrivain, marcheur, scénariste multimédia
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Olivier Bleys écrivain, marcheur, scénariste multimédia

Service : Formation et information Publics : Particulier, Piéton, Randonneur, Sportif, Touriste Thématiques : Cartographie, Loisir, Marche de loisir

Imaginez la joie d’entendre en podcast Olivier Bleys écrivain, marcheur, scénariste multimédia, auteur du livre « L’Art de la marche » édité chez Albin Michel (2016) ; sur l’émission “Le Temps d’un bivouac » de Daniel Fievet.

(c) Antoine de Baecque

Ses mots parlant de la marche feront sans doute échos chez vous.

En 2010, à presque 40 ans, Olivier Bleys souhaite vivre une réelle aventure. Celle pour laquelle il devra se dépasser, celle qu’il souhaite léguer à ses enfants, petits-enfants et pourquoi pas à d’autres…  Celle d’entamer un tour du monde à pied.

Marcher 1 mois par an, direction l’Est, latitude entre le 43 et 50 hémisphère Nord. Finir le périple à une cabine téléphonique et repartir de ce même lieu l’année suivante.

Olivier Bleys se définit comme « acculturé à la marche ». Ayant grandi dans un milieu où la marche faisait partie des passe-temps estivaux et du dimanche ; il conserva cet enseignement parental.

Qui dit balade, dit carte… Passionné par les cartes, Olivier Bleys reste positivement sidéré de voir que les représentations de notre monde, si précieuse à la Renaissance, sont devenues si banalisées. Il les aime et en possède un grand nombre, même des cartes assez irréalistes. Pour lui, utiliser des cartes fait partie du plaisir de marcher.

Son idée un peu folle émane d’une rencontre avec l’écrivain Bernard Ollivier, sexagénaire parti marcher près de 12 000 km. Les récits de son voyage à pied sur la route de la Soie sont racontés dans ses livres La Longue marche (Traverser l’Anatolie, Vers Samarcande et Vent des steppes), chez Phébus.

Cet écrivain explique que « dans la marche notre corps est présent. Présent en mal, quand il fait mal et en bien, quand les muscles sont bien chauds, il y a là, un moment de bonheur absolu ».

Olivier Bleys voulait démarrer son tour avec une équipe nombreuse et en grande éloquence. Rien n’a fonctionné comme prévu. Juillet 2010, sa première étape, il l’a fait seul et sans fanfare. Suite à une invitation à un salon du livre, il se retrouve pour son départ dans un petit village au Nord d’Albi, à Pampelonne. Sans avoir eu le temps de s’équiper comme il le faudrait, juste changé et les chaussures trop lâches, l’aventure commence.

Au cours des 10 années, tantôt des amis, des personnes rencontrées sur le net, sa compagne l‘ont rejoint pour faire un bout de route ensemble. Pour Olivier : « On peut être nombreux à marcher ensemble, il y a la place dans le monde pour marcher ».

A-t-il une théorie de la marche ? Sac léger, équipement allégé, etc. Non ! Dans son sac, il emporte tout ce qui lui fait plaisir, même un pyjama. Il compte sur ses forces, ne s’économise pas et garde en tête l’idée qu’il est fort et indestructible.

Quand il marche, il pense à ? … Rien. Or, Olivier pensait qu’il allait ruminer, devoir trouver des activités mentales pour s’occuper l’esprit. Il découvre qu’en marchant, c’est son corps qui prend le dessus et le guide.

Écrivain, il a bien essayé d’écrire en marchant, sans succès. C’est le corps qui prend toute la place. Néanmoins ces mois inspirent ses récits de voyage. Comme il l’exprime, « depuis, la marche prend de plus en plus de place » dans ces romans.

Il marche de 8 à 10h par jour, entre 30 à 40 km de moyenne, sans vraie pause ; sauf une petite à midi.

Ce qu’il recherche dans ses voyages ? « Le plaisir physique, étendre mon pas dans un paysage que je ne connais pas, l’espace, des km sans fin ; que l’on peut déployer sans fin »

Entre les mois du tour du monde, il fait le tour des villes à pied. D’une part pour garder la forme et d’autre part, parce que comme il dit « ses jambes le démangent, c’est comme une forme de drogue ».

Faire des tours de quartiers, de villes que l’on connaît, car on y passe quotidiennement, est une chose. Les faire dans l’état d’esprit « aventure de la marche » c’est très différent, une réelle découverte. Il en a écrit un livre : « Les aventures de poche », édition Hugo & Cie (2018). Il y fait l’éloge de l’aventure que l’on peut vivre à deux pas de chez soi.

Olivier Bleys comme l’écrivain Jacques Lacarrière partage un même avis : « Marcher n’est pas une invention, c’est simple » (et ce pour toute personne valide). Jacques Lacarrière éprouvait un plaisir à marcher, à chaque fois qu’il entendait des voitures. Il se disait privilégié, car il pouvait partir et marcher quand il voulait. Pour lui, marcher c’est « prendre son temps et prendre le temps est très précieux. Marcher s’est aussi prendre le temps de s’arrêter ».

Pour eux deux, même si l’on a des vies de 8h de travail, 5 jours sur 7, on peut aussi prendre ce temps. Marcher quelques jours, pendant les vacances. On peut trouver ce temps-là.

Pour Olivier, il y a un parallélisme entre la narration et la marche. Par exemple, en dramaturgie on apprend qu’un personnage doit avoir des objectifs, des obstacles et recevoir des soutiens.

Quand il marche, c’est une grande histoire qui est racontée, les objectifs sont parfois tout simples « atteindre un arbre, un refuge avant la nuit ». Les obstacles sont « la pluie, le vent, ne pas trouver son lieu pour passer la nuit avant la tombée du jour… ». Et les aides ont été pour lui « les fontaines que l’on croise, que l’on n’attendait pas ou des arbres fruitiers sur de lieux publics… très présents en Hongrie».

Après un petit calcul vite fait, il pense finir le tour entre 76 et 82 ans. Il se questionne. Va-t-il réellement le finir, en a-t-il envie ?  Pourquoi pas intégrer le vélo à la marche ? Ou faire une chaîne de l’amitié pédestre. Qui le souhaite part du dernier point d’arrêt et dit combien de km il va parcourir, ensuite une autre personne ou un groupe prend le relais… le tout avec ou sans Olivier Bleys. Ou encore confier la mission de finir ce tour à d’autres.

Olivier termine son interview en citant Proust : « Le voyage de découverte ne consiste pas à voir de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux ».

Et il explique que « Marcher c’est un bonheur quotidien et facile et c’est aussi notre potentiel naturel, tout le monde peut marcher et tout le monde devrait marcher plus ».

Des idées pour marcher, il en a, par exemple : aller chercher sa baguette à 5km de chez soi, plutôt que juste à côté. Repérer les boulangeries dans les villages voisins, pour s’y rendre et donc marcher…

Vous souhaitez en savoir plus sur Olivier Bleys, allez sur son site :  olivierbleys.com