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Les tiques attaquent !
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Les tiques attaquent !

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Les populations de tiques en Belgique augmentent. Au vu des différentes maladies dont elles sont vectrices, cela a un impact sur la santé publique. D’autant que nos connaissances restent limitées. Un vaste projet s’est donc mis en place afin de mieux cerner la problématique.

© Jean-Louis Leclef et Jean-François Godeau
© Jean-Louis Leclef et Jean-François Godeau

On dénombre presque 900 espèces de tiques dans le monde et sans doute une vingtaine en Belgique. Aucun recensement complet n’a été effectué, mais 14 espèces ont déjà été observées. Elles sont porteuses de nombreux agents pathogènes transmissibles à l’homme : borrélioses (dont la maladie de Lyme), babésioses, rickettsioses, encéphalite à tique et bien d’autres. Parmi les espèces de tiques, Ixodes ricinus est la plus fréquente. Vecteur confirmé de nombreux agents pathogènes pour l’être humain et les animaux, elle est une des seules espèces belges qui attend son hôte à l’affût sur un support. Les autres tiques sont confinées aux lieux de nidification et terrier de leur hôte ou chassent activement mais dans des lieux précis.

Une tique opportuniste

Ixodes ricinus est également la plus fréquente à mordre l’homme, bien qu’elle parasite un large spectre d’hôtes (mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens…). Cette diversité d’hôtes augmente les rencontres d’organismes pathogènes et varie ses habitats. Elles survivent un mois sous l’eau, entrent en phase de dormance en-dessous de 5° mais se réveillent en quelques minutes au contact de la main.

Elle attend son hôte sur des herbes hautes, fougères, souches, mais également le tapis de feuilles mortes forestier, voire les haies et les jardins. On la rencontre dans toute la Belgique, avec une densité de parfois 20 individus par mètre carré. Cette espèce passe par les stades de larve, nymphe et adulte, et change d’hôte à chaque stade, après s’être nourri de son sang. Après le premier hôte, elle se laisse tomber, change de stade et cherche un nouvel hôte. Les humains se font mordre par tous les stades mais ce sont les nymphes qui ont le plus d’impact sur la santé publique, 10 % étant infectées par la maladie de Lyme. Elles sont de la taille d’une tête d’épingle et ont déjà mordu un rongeur, un oiseau, ou un mammifère lors du stade larvaire. Les humains peuvent également être mordus par les larves, porteuses d’autres organismes pathogènes. Si Ixodes ricinus est la plus fréquente sur l’homme, d’autres espèces, habituellement liées aux chiens et aux chats, aux petits rongeurs, aux chauves-souris ou aux pigeons et d’autres espèces d’oiseaux peuvent également le mordre mais moins fréquemment.

Des populations qui explosent

Les populations de tiques sont en nette augmentation en Belgique depuis au moins une vingtaine d’années. De nombreuses pistes sont évoquées pour expliquer cette augmentation, dont l’influence humaine sur les milieux ou l’explosion du grand gibier. Cette augmentation remonte à 20 ou 30 années dans certaines régions et est très récente dans d’autres. L’influence des tiques sur la faune sauvage est peu étudiée. Mais on a déjà constaté notamment une influence négative sur la santé des merles et des rouges-gorges et le taux de reproduction des faisans. Dans certaines régions de Wallonie, le bétail est fort touché par les maladies liées, menant à la mort de plusieurs individus.

Au vu de l’impact sanitaire de l’explosion démographique des populations de tiques, une vaste enquête a été mise sur pied par une équipe de chercheurs afin de collecter un maximum de données auprès des personnes mordues. Sur base des premières réponses (2600 déjà), une carte de distribution du risque de morsure est proposée sur le site www.tekentiques.net.

L’enquête vise également à améliorer les connaissances sanitaires des maladies liées aux nombreux agents pathogènes des tiques. Ainsi, par exemple, avec 20.000 cas estimés pour 2014, la maladie de Lyme est fréquente dans notre pays. Les symptômes de la maladie peuvent être très divers. 63 % des personnes malades présentent un érythème migrant et peuvent être identifiées et traitées rapidement par antibiotiques et guérir complètement (attention, sans traitement, la tache disparaît mais les bactéries se disséminent créant une infection systémique). Le diagnostic est plus difficile à poser dans 37 % des cas, lorsqu’il n’y a pas d’érythème et que la personne souffre malgré tout de la borréliose, ou si la personne souffre d’une des autres maladies transmises par les tiques dans notre pays : l’anaplasmose (forte fièvre), les rickettsies (fatigue chronique, fibromyalgie), la babésiose (suées nocturnes, manque de fer, urines foncées). Les symptômes peuvent être très invalidants avec attaques cardiaques, paralysie de la moitié du visage ou d’un membre, polyarthrite, et s’installer peu à peu au fil des années.

Un manque d’outils sanitaires

© Jean-Louis Leclef et Jean-François Godeau
© Jean-Louis Leclef et Jean-François Godeau

Un problème majeur est lié au manque d’efficacité des tests actuels de la borréliose, controversés pour leur manque de fiabilité. De plus, ils ne détectent que 3 à 5 des 7 espèces de borréliose présentes dans notre pays. Le monde médical reste divisé sur le sujet. Le standard international pour le diagnostic de la borréliose de Lyme est l’analyse des symptômes, avec des résultats de tests sanguins en complément d’information, mais pas comme base diagnostique. Une liste de symptômes est ainsi disponible sur le site du projet Tekentiques.

Les avancées dans le domaine des maladies transmises par les tiques offrent un espoir formidable à de nombreux malades chroniques. Plusieurs publications soulignent des confusions avec des cas de sclérose en plaques, des cas d’autisme et de syndrôme d’Alzheimer qui se révèlent être des cas de borréliose de Lyme soignables par antibiotiques. Les maladies chroniques significativement plus fréquentes chez les personnes diagnostiquées pour la maladie de Lyme sont notamment : syndrôme de fatigue chronique, intolérances alimentaires, fibromyalgie, burn out, problèmes occulaires chroniques, atteinte du système nerveux, maladie autoimmunitaire non spécifique, trouble du déficit de l’attention (TDA).

La solution : éviter les problèmes !

En raison des risques importants liés aux morsures de tiques, la prévention consiste à éviter de se faire mordre. Enlever les tiques après morsure n’est pas suffisant. De nombreuses tiques passent inaperçues (morsures indolores, larves minuscules, endroits difficiles d’accès tels que cheveux, aisselles, aine, arrière du genou, dos, oreilles, nombril, entre les fesses et sur les parties génitales). De plus, une partie des maladies sont transmises quasi directement à la morsure et le taux d’infection atteint 45 % localement.

En zone à risque, afin d’éviter les morsures, plusieurs recommandations sont énoncées, notamment couvrir le corps avec chaussures fermées et pantalon dans les chaussettes, employer des répulsifs, enlever les vêtements extérieurs après la promenade et les laver à 60 degrés, vérifier l’ensemble du corps tout de suite car les tiques se déplacent sous les vêtements parfois plusieurs heures avant de mordre, vérifier l’ensemble du corps le lendemain matin.

Si vous êtes mordus, gardez à l’esprit que ce qui compte, c’est de ne pas faire regurgiter la tique, qui transmettrait alors les agents pathogènes. Il ne faut donc surtout pas presser sur son abdomen, ni employer des produits qui lui font lâcher prise mais qui la font aussi régurgiter (alcool, éther…). Il importe également de désinfecter soigneusement la plaie par après.

Vous trouverez plus de détails sur le site du projet : www.tekentiques.net. N’hésitez pas vous-même à participer à l’enquête. Ses résultats permettent déjà d’améliorer nos connaissances sur l’écologie des tiques et de mettre en place des outils à disposition du monde médical. Toute personne mordue est importante.

Article paru dans la revue éditée par Natagora et publié avec leur aimable autorisation.