La gestion de la petite voirie, une gestion particulière !

Chemin vicinal N°14 de Saint-Aubin - © Sentiers.be

Chemin vicinal N°14 de Saint-Aubin – © Sentiers.be

Pour le présent article, nous nous référons à la petite voirie comme un réseau de voies destiné essentiellement aux usagers doux, pour des motifs de déplacement qui relèvent aussi bien des loisirs (sports, culture…), du tourisme (local ou régional voire plus…), du simple délassement ou de communication « logistique ».

Il ressort de la simple évocation des motifs d’usages cités ci-dessus que l’attrait, l’utilité du réseau viaire concerne mais aussi dépasse les seules autorités communales qui sont actuellement vues comme ses principaux (si pas ses seuls) gestionnaires. Pourtant, cette idée que  le mandataire local est le seul habilité à décider du sort d’une petite voirie est bien ancrée.

Une telle conception « commune = propriétaire » s’explique très bien pour la voirie communale « routière ». Somme toute, hormis quelques liaisons vers des communes voisines, l’essentiel des petites routes ou rues locales n’ont d’usage que pour les habitants du cru. Décider de les modifier, voire de les supprimer (ce qui n’arrive que rarement) est, à juste titre, une prérogative qui peut être exercée en toute connaissance de cause par l’autorité locale.

Responsabilité locale, impact régional

Notre petite voirie, plus discrète, plus réduite, souvent sans revêtement induré (et c’est tant mieux !) donne parfois l’impression à un « responsable » local qu’elle n’a guère de valeur, donc que sa gestion relève d’autant moins d’une autorité supérieure et d’autant plus de décideurs locaux. Rien n’est plus faux.

Prenons l’exemple d’activités de loisirs, telles qu’une randonnée, pédestre, équestre ou VTT ou un jogging d’une dizaine de kilomètres. Il est bien rare que de telles réunions, rencontres, sorties ne débordent pas sur une ou plusieurs entités limitrophes. Et il arrive bien souvent que des voisins (entendons, des habitants de communes voisines) décident d’aller faire leurs petits tours sur les chemins et sentiers des communes environnantes. A titre d’illustration personnelle, quand je sors faire mon petit jogging d’une trentaine de minutes, je foule les sols de chemins situés sur trois entités différentes (Braives, Faimes, Geer). Si je cherche à approcher le tour de l’horloge, c’est quatre communes que je visite (s’ajoute Villers-le-Bouillet).

L’exemple de l’organisation du tourisme doux est encore plus frappant du caractère imbriqué et des répercussions de l’existence de la petite voirie : l’attrait d’un réseau de chemins (balisés ou non) est augmenté par la présence de réseaux voisins et, en conséquence, renforcer (déforcer) l’un renforce (déforce) l’attrait de l’autre. Illustrons-le par un cas pratique : le tourisme de Vresse-sur-Semois (prov. de Namur) profite de l’excellent réseau de promenades de Bouillon (prov. de Luxembourg) qui tire elle-même profit du non moins remarquable maillage des chemins vressois. On notera tout de suite, pour notre petite Wallonie, que la « clientèle » visée dépasse nos frontières régionales et que ce sont nos voisins non seulement flamands mais aussi néerlandais allemands, anglais ou autres qui sont prioritairement visés par les campagnes publicitaires des organismes touristiques. Dans le même état d’esprit, on relèvera que les grandes réalisations inter-communales (telles que les GR par exemple) n’ont de sens que si une continuité consistante est assurée dans TOUTES les communes traversées (et pas seulement aux points frontière).

Asymétries

Or, trop souvent, la tentation est grande pour un mandataire communal, de n’agir que selon ses strictes références locales. On constate ici une première asymétrie (appelons là « {{asymétrie de connivence}} »). Pour « faire plaisir » à un riverain, donc un électeur local, un mandataire communal pourrait être tenté de proposer de supprimer tel petit sentier « qui n’est plus utilisé depuis si longtemps ». Il décevra sans doute beaucoup de promeneurs… qui n’ont pas le même avis mais surtout qui ne sont pas nécessairement ses électeurs. Qui plus est, ces promeneurs non-riverains ne sont pas toujours les plus rapidement informés d’une procédure dont la publicité est strictement locale. Bref, notre mandataire peut croire retirer un avantage « politique » sans risquer de déplaire à d’autres.

Une deuxième asymétrie, qui a été mise en évidence par l’affaire dite « du Bois de Harre« , est de nature financière : la commune de Manhay, en cédant son réseau de chemins, espérait récolter un pactole de plusieurs centaines de milliers d’euro, pactole qui lui serait revenu entièrement. Son affectation à des travaux / réalisations purement locaux n’aurait en tout état de cause bénéficié qu’à la seule population locale (et encore…). Il n’entre pas dans le but de cet article d’expliquer la caractère fallacieux de ces espoirs pécuniaires. Toujours est-il que jamais les autorités communales manhaytoises ne se sont préoccupées de prendre en compte les attentes et aspirations des usagers extérieurs à la Commune. Leur enlever d’importantes possibilités de promenades ainsi que déforcer l’attrait touristique des communes avoisinantes n’a pas soulevé l’ombre d’un souci chez le bourgmestre et ses acolytes, dès lors que l’appât du magot aveuglait leur sens du bien public.

Une troisième asymétrie, de nature bien différente, pourrait être qualifiée d’asymétrie d’impact. Imaginons d’une part une commune A où la petite voirie est bien gérée, entretenue et mise en valeur et, d’autre part, une entité voisine B, où la petite voirie est oubliée, bradée, déclassée. Il tombe sous le sens qu’il ne pourra y avoir de compensation. Le plaisir, l’agrément, la commodité que rencontre l’usager en A ne pourra pallier les inconvénients du promeneur en B. Et si ces personnes décident de passer de l’une à l’autre, les difficultés et frustrations rencontrées en B vont largement ternir les facilités offertes en A. Le problème prend encore plus d’acuité si nous comparons non plus deux situations séparées géographiquement mais deux situations séparées dans le temps. Imaginons notre commune A gérant bien sa petite voirie sous une mandature pour ensuite la galvauder à la mandature suivante. Autant il sera facile de dilapider les fruits d’une bonne gestion (en laissant s’entraver les chemins, en oubliant leur entretien, en les bradant à des riverains égoïstes) autant il sera difficile pour ne pas dire impossible de remédier par la suite aux errements qui auront mené à l’appauvrissement sinon à la disparition du réseau de petites voiries, en particulier quand il s’agit d’aliénation (vente…).

Conclusion

La conclusion de ce qui précède et des asymétries mises en relief nous semble claire : même dans une « attitude » simplement neutre (veillant à éviter de favoriser comme de défavoriser le développement de la petite voirie), le législateur devrait mettre en place des instruments favorisant une gestion rigoureuse et conservatrice (dans le sens « qui conserve, protège »). Outre des garde-fous empêchant une trop facile aliénation du domaine public de petite vicinalité, le maintien d’un contrôle ou mieux d’un droit de décision supra-communal veillant au respect de la préservation de l’intérêt public est indispensable. Est-il dès lors nécessaire de signaler que dans une attitude « positive » envers la petite voirie, une plus grande restriction à la vente et des incitants plus forts encore au développement de celle-ci devraient être offerts. Et la mise en œuvre d’une planification et d’un contrôle à l’échelle provinciale si ce n’est régionale s’impose.

Or, la déclaration de politique régionale de l’actuel exécutif wallon stipule bien sa volonté de « récupérer l’espace public au profit de la mobilité douce », de « promouvoir la mobilité durable pour tous » et de poursuivre « la valorisation du tourisme durable ». Voilà donc autant de raisons d’orienter les projets de nouvelles législations vicinales dans un sens décidément « favorable » à la protection et au développement de la petite voirie.

By | 2019-04-03T11:33:28+01:00 12 mars 2013|Gestion|

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